Par Gaëlle Le Dref
En 1858, Alfred Russel Wallace (1823-1913) et Charles Darwin (1809-1882) font état conjointement de leur théorie de l’évolution naturelle L’idée d’un système de rapports nécessaires et permanents entre les êtres qui composent le monde animal et végétal disparaît.
Wallace et Darwin admettent tous deux, outre l’idée transformiste déjà largement admise et ayant été en particulier développée par Lamarck au début du siècle, « la lutte pour l’existence » comme loi naturelle générale du monde vivant.
En 1859 paraît L’Origine des espèces, qui fait état de cette théorie de l’évolution ou de la « descendance avec modification ». Elle est résumée par Darwin sous le concept de « Sélection Naturelle », qui n’est rien d’autre, une fois donnée la variabilité et l’hérédité, que l’effet nécessaire de la concurrence vitale unifiée sous le concept de sélection naturelle. À l’encontre des théories fixistes, catastrophistes et créationnistes, Darwin, en affirmant que tous les vivants descendent de formes inférieures, plus simples, selon la loi de la Sélection Naturelle, affirme du même coup que l’homme descend, lui aussi, de formes inférieures. Loin d’être une créature de Dieu achevée de tout temps ou plus simplement apparu immédiatement comme tel, l’homme est le produit d’un processus naturel, de lois physiques, au même titre que tout le règne du vivant. En 1871, La Filiation de l’homme opère explicitement l’extension à l’homme de la théorie de la « descendance avec modification ». L’espèce humaine est étudiée comme n’importe quelle autre espèce et soulève les même interrogations : Y a-t-il plusieurs races humaines, comment l’espèce humaine se situe-t-elle dans l’arbre de l’évolution, est-elle encore susceptible d’évoluer, est-elle toujours soumise au principe de la Sélection Naturelle, etc. ? En 1872, L’Expression des sentiments poursuit dans cette voie en établissant un parallélisme systématique entre les animaux et l’homme. Darwin y présente une éthologie évolutionniste comparative qui suggère largement une continuité entre le règne animal et humain, les différences apparaissant comme de degré et non de nature.
Darwin est cependant soutenu par certains naturalistes évolutionnistes tel que Thomas Henry Huxle(...)
Si L’Origine des espèces rencontre un très grand succès et si la théorie de la Sélection Naturelle est admise par un très grand nombre de naturalistes, philosophes et intellectuels, elle subit cependant dans sa réception des interprétations et des adaptations qui n’ont rien d’anodines. Wallace aménage ainsi la théorie, dont il est pourtant lui-même un des premiers instigateurs, et publie en 1870, donc à l’époque même où Darwin réaffirme la filiation animale de l’homme 3, Contributions to the Theory of Natural Selection. Il affirme dans ce livre l’exceptionnalité de l’homme et lui attribue une genèse et une place spéciale dans l’ordre du vivant. Il fait de l’homme le fruit d’une Intelligence Suprême qui lui aurait octroyé une fin plus noble. Wallace ne peut pas admettre, selon un raisonnement qui lui est propre, mêlant convictions spiritistes et sélectionnisme – position qui exclut toute place laissée au hasard dans le cours de l’évolution-, que l’esprit humain puisse être le simple produit de la Sélection Naturelle.