Par Normand Lester | La chronique de Normand Lester – ven. 14 oct. 2011
Amnistie International demande au Canada d'arrêter l'ancien président des États-Unis lors de sa visite du 20 octobre prochain à Surrey en Colombie-Britannique. L'organisation de défense des droits de la personne a transmis un aide-mémoire de mille pages au gouvernement fédéral qui rassemble les preuves de crimes et de tortures autorisées par Bush dans le cadre de sa «guerre contre le terrorisme».
Bush a permis l'utilisation de la simulation de noyade contre des détenus à Guantanamo, à Abu Ghraib et dans des prisons secrètes ailleurs dans le monde. Il l'a d'ailleurs reconnu publiquement et tenté de se justifier dans ses mémoires publiées il y a quelques mois. Le fait incontournable est que la simulation de noyade constitue un acte de torture en vertu du droit américain et du droit international. Durant la Seconde Guerre mondiale, des soldats japonais, trouvés coupables de l'avoir pratiquée par des cours martiales américaines, ont été pendus.
Si le Canada était le pays qu'il prétend être, il n'aurait pas le choix que d'arrêter le criminel de guerre Bush puisqu'il est signataire, comme 76 autres pays, dont les États-Unis, de la Convention de l'ONU sur la torture. Celle-ci stipule qu'un État a l'obligation de poursuivre les auteurs présumés d'infractions qui se trouvent sur son territoire. En février, Bush a été contraint d'annuler un voyage en Suisse où Amnistie International avait déposé le même dossier auprès des autorités helvétiques. Ce qui est bon pour Pinochet et pour le Milosevic est bon pour Bush.
J'ai été un des premiers dans ma chronique du 15 juillet dernier à demander l'arrestation de George Bush comme criminel de guerre à son retour au Canada cet automne. Il est déjà scandaleux que depuis la fin de son mandat, ce criminel de guerre soit venu deux fois à Montréal pour prononcer des conférences sans être inquiété. Je réclamais d'ailleurs de la nouvelle opposition officielle néo-démocrate, qu'elle l'exige. Disons qu'elle avait d'autres préoccupations. Maintenant, elle se doit d'intervenir. Ce serait une excellente occasion pour le Nouveau parti démocratique de se démarquer. Mulcair et les autres candidats au leadership du NPD doivent prendre position. Tout comme d'ailleurs le Bloc Québécois.
Réagissant au nom du gouvernement conservateur, un de ses ministres les plus ignares, Jason Kenny de l'immigration, a déclaré qu'Amnistie International était partiale parce qu'elle n'avait pas demandé au Canada d'arrêter Fidel Castro lorsqu'il est venu aux funérailles de Trudeau. Quelqu'un aux affaires étrangères pourrait-il lui expliquer qu'un chef d'État en exercice bénéficie de l'immunité dans ses déplacements à l'étranger en vertu du droit international?
Amnistie International ne se fait pas d'illusion au sujet du Canada, surtout dirigé par Harper et sa clique. Sa porte-parole souligne que l'organisme va multiplier les appels de ce type jusqu'à ce que la justice d'un pays signataire de la Convention ait le courage d'agir contre Bush. Aucune sanction n'est prévue à l'encontre des États qui ne respecteraient pas leur engagement.
C'est sûr que le Canada harpérien ne va rien entreprendre contre Bush. Les conservateurs ne vont tout de même pas embêter un de leurs héros. D'ailleurs, il faut faire attention avec eux. Ces charlots pourraient bien décorer Bush de l'ordre du Canada durant son séjour.
En n'arrêtant pas George Bush, le Canada devient son complice après les faits. Il permet à un fugitif, soupçonné de graves forfaits par la communauté internationale, d'éviter de répondre de ses crimes devant la justice.