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Lycée Molière (Paris)

Le lycée Molière est un établissement public local d’enseignement français, construit en 1888, regroupant un collège et un lycée. Il est situé 71, rue du Ranelagh à Paris, dans le 16e arrondissement et porte le nom du dramaturge français, Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière (1622-1673).
Il s’agit, à l’origine, du troisième lycée de jeunes filles bâti dans la capitale. Voué, au départ, à la formation intellectuelle des demoiselles de l’Ouest parisien, dans un cadre public, le lycée Molière devient progressivement un vecteur d’émancipation féminine (salariale et politique notamment). Le lycée devient mixte en 1973 et se consacre, aujourd’hui, à la préparation du brevet pour les élèves du collège, du baccalauréat pour les élèves du lycée et de concours pour les élèves de classes préparatoires aux grandes écoles.
Sous la IIIe République, en 1880, la loi Camille Sée (du nom de son promoteur et rapporteur) permet aux jeunes filles d’étudier dans le secondaire : des lycées de jeunes filles voient ainsi peu à peu le jour. Le lycée Molière fait ainsi partie des 23 premiers lycées français dévolus à l’enseignement des demoiselles. Au départ, malgré les réticences et les doutes de certains quant à l’application concrète de la nouvelle loi, les décrets de création entrent en œuvre : en 1882, Paul Bert, ministre de l’Instruction publique, envoie une circulaire à tous les recteurs d’académie pour leur demander d’allouer des crédits à la construction de ces lycées. En 1884, on dégage un crédit de 900 000 francs en vue de la construction de ce qui devient le lycée Molière, troisième lycée de jeunes filles parisien après le lycée Fénelon (ouvert en 1883) et le lycée Racine (ouvert en 1886). À la différence de ceux-ci, le nouveau lycée ne se situe pas dans le centre de la capitale, dense en bâtiments et en personnes. À l’époque, le quartier est peu urbanisé et se partage entre hôtels particuliers et grands jardins ; une élève de l’époque note ainsi que le lycée se trouve « dans ce quartier désert, presque à la campagne1 ». Marie-Louise Rançon, ancien professeur du lycée, note ainsi : « C’est d’ailleurs une des raisons qui avait poussé l’État à acheter un terrain dans ce coin de Paris : un endroit sain, aéré, proche du bois de Boulogne, tout à fait indiqué pour servir de cadre à un établissement d’éducation2 ». Le site du lycée est une ancienne partie du parc de huit hectares du château de la Tuilerie (ou château de Boulainvilliers, qui avait été édifié en 1381 avant d’être démantelé en 1826 et découpé en parcelles2). Le lycée a alors pour vocation d’être le pendant féminin, mais bien distinct, du lycée Janson de Sailly, premier lycée masculin du quartier, ouvert en 1881.
La construction du lycée Molière est confiée à l’architecte Joseph Auguste Émile Vaudremer3 (également à l’origine du lycée Buffon, dans le 15e arrondissement), les travaux s’échelonnant entre 1886 et 1888 ; ils coûtent 1 720 000 francs4. Le lycée est officiellement inauguré le lundi 8 octobre 1888, en présence d’Édouard Lockroy, ministre de l’Instruction publique et des Beaux Arts, d’Octave Gréard, recteur d’académie5, des professeurs et des parents d’élèves (l’inscription des élèves avait été effective à partir du 3 septembre6). Le ministre déclare ce jour : « Je suis heureux d’inaugurer avec vous ce troisième lycée parisien placé sous le patronage du plus hardi de nos grands écrivains6 ». Une plaque en mosaïque rappelle la fondation du lycée, « commencé en MDCCCLXXXVI », alors que Jules Grévy était président de la République, et inauguré le « VIII octobre MDCCCLXXXVIII », quand Sadi Carnot occupait la magistrature suprême. Si l’implantation du lycée ne suscite guère d’opposition, le nom de Molière, lui, amène Henri Becque, éditorialiste du Figaro à écrire : « On vient d’ouvrir à Passy un lycée de jeunes filles et on l’a appelé le Lycée Molière. J’aime beaucoup Molière, beaucoup ; je l’admire et le respecte infiniment. Il me semble pourtant… que pour la première fois, là où on vient de le mettre, le grand nom de Molière n’est pas à sa place. Quelle sottise… Quelle grossièreté… Voilà à quoi s’amusent nos éducateurs modernes, voilà ce qu’ils trouvent pour des jeunes filles ; voilà le nom qu’on met sur leur porte et sur leurs lèvres, celui du plus libre des poètes comiques, dont on ne pourrait pas lire deux scènes de suite sans embarras pour le professeur et sans scandale pour les élèves […]. Molière, est-il besoin de le rappeler, débute par Les Précieuses ridicules et finit par Les Femmes savantes ; il ne comprend pour la femme que la vie élémentaire ; il ne lui demande que des mœurs, l’instruction morale, celle que donne la famille et l’application aux choses du ménage, il ne voit rien de mieux pour elle et il ne voit rien au-delà7,8. ». L’ouverture du lycée est néanmoins saluée par les grands quotidiens Le Temps et Le Soleil. La rentrée scolaire a lieu le lendemain. Une élève décrit sa découverte des lieux : « Beau lycée tout neuf, au parloir solennel, bien accueillant pourtant, aux vastes couloirs, aux galeries largement ouvertes, écartant toute idée de prison9 ». Une certaine concurrence existe cependant avec les établissements privés pour jeunes filles présents depuis des décennies dans le quartier, tels que les « Dames de l’Assomption10 ».
Direction et corps professoral
Le lycée est alors divisé en cours préparatoires (équivalents de notre école primaire actuelle) et en cours secondaires. Lors de la première rentrée des classes, 48 élèves3 sont inscrites au lycée, bien que celui-ci soit prévu pour en accueillir 35011, dont 175 en demi-pension12 pour celles n’habitant pas dans les rues environnantes. Mlle Henriette Stoude, agrégée de lettres faisant partie de la première promotion d’élèves féminines à l’agrégation (1883) et ancienne surveillante générale du lycée Fénelon13, est choisie pour devenir la directrice du lycée, la loi stipulant la nécessité de confier ce poste à une femme11. L’établissement se distingue en outre des lycées de garçons par le fait qu’il n’a pas (encore) de censeur. Une économe assiste la directrice, qui doit également assurer l’enseignement d’un cours (les cours de morale11). Dès qu’il franchit le cap de 100 élèves, le lycée se dote d’une surveillante générale.
Le corps enseignant est ainsi composé : seules les femmes ayant réussi le concours à l’agrégation (à l’École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres, fondée en 1881) peuvent porter le titre de professeur ; celles ayant été reçues à l’examen du certificat ou de la licence portent le titre de chargée de cours (mais de professeur au niveau du collège5). Les parents les rencontrent une fois toutes les deux semaines. L’article I des instructions ministérielles de 1890 rappelle que « les professeurs doivent se proposer comme fin essentielle, non pas seulement l’enseignement de leur science spéciale, mais surtout la formation d’esprits réfléchis, droits, sincères, qui aient le goût et le sens de notre vie moderne et française »14. Parmi les premières professeurs du nouveau lycée, on compte Mlle Leroux, Mlle Dugard, Mlle Aaron et Mlle Tolmer (français), Mlle Flobert (histoire), Mlle Margaret Scott et Mme Bickart (anglais), Mlle Schach (allemand), Mme Ficquet (mathématiques), Mme Mallet (sciences physiques), Mme Jobet-Duval (gymnastique), Mlle Moria (dessin) et Mme Mansoy (musique) ; Mme Armagnat, Mme Brouin et Mme Turpin s’occupent des cours préparatoires. Des professeurs hommes rejoignent parfois le lycée, comme M. Pelissier et M. Gohin (latin), alors professeurs au lycée Janson de Sailly, pour occuper au départ certains postes vacants, la formation des femmes professeurs étant récente (1881)15. Certaines se distinguent alors : Mlle Bérillon édite un livre à partir de ses impressions de cours, Le Bonheur et l’Adaptation à la vie, Mme Flobert vient en classe avec des chapeaux garnis de vraies fleurs, Mlle Moria se drape parfois d’une toge et emporte une médaille d’argent au Salon des artistes français de 1924 et Mme Fiquet organise parfois des soirées astronomie au lycée, où, installant un télescope dans une travée, elle initie ses élèves à l’observation des étoiles16. Lire la suite