Le congrès de Vienne est une conférence des représentants diplomatiques des grandes puissances européennes qui eut lieu à Vienne du 1er novembre 1814 au 9 juin 18151. Les pays vainqueurs de Napoléon Ier ainsi que les autres États européens se réunissent pour rédiger et signer les conditions de la paix et donc déterminer les frontières et tenter d'établir un nouvel ordre pacifique. Le congrès de Vienne permet également la discussion sur la libre circulation navale, l'abolition de la traite des Noirs (et non pas de l'esclavage), qui persiste cependant, et la mise en avant de la neutralité de la Suisse.
![]() |
| Le Congrès de Vienne |
Contexte
En 1814 se forme une alliance entre le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, l'Empire russe, le royaume de Prusse et l’Empire d'Autriche. Malgré une série de victoires (batailles de Champaubert, Montmirail…) remportées par Napoléon, Paris tombe le 31 mars 1814 et les maréchaux forcent l'Empereur à abdiquer pendant que le Sénat proclame Louis XVIII roi. Le 23 avril, une convention signée par le comte d'Artois livre cinquante-trois forteresses que les troupes françaises tiennent encore en Allemagne, en Italie et en Belgique ramenant la France à ses limites d'avant janvier 17922. Elle est suivie du traité de Paris du 30 mai 1814 qui règle le sort de la France1. Conformément à ce traité, un congrès doit se réunir à Vienne pour régler le sort des territoires repris à Napoléon, congrès qui est convoqué en septembre avant de débuter en novembre1. Le congrès se poursuit pendant les « Cent-Jours » et prend fin seulement neuf jours avant la seconde abdication de Napoléon, les Alliés étant décidés à se défaire de lui définitivement2. Après la bataille de Waterloo, qui marque la défaite définitive de Napoléon, la France doit accepter un second traité de Paris dont les conditions de paix sont plus rigoureuses qu'en 18143.
Participants
Toute l'Europe monarchique afflue à Vienne. Quinze membres de familles royales côtoient deux cents princes et deux cent-seize chefs de missions diplomatiques1. De nombreux groupes de pression sont également présents : les représentants des juifs d'Allemagne, les chevaliers de Malte, les abolitionnistes de la traite des Noirs, sans compter les inventeurs de recettes pour assurer la paix du monde. Beaucoup de congressistes n'en connaissent que la fête et les mondanités, car le « congrès s'amuse » dans des réceptions continuelles1. Il n'y eut presque pas de séances plénières. Les discussions et les décisions se prennent ailleurs. Les quatre vainqueurs de Napoléon Ier (Autriche, Prusse, Royaume-Uni et Russie) avaient décidé de se réserver les « choses sérieuses ». La France, initialement isolée mais représentée par son habile diplomate Talleyrand, réussit à grouper autour d'elle les petits États inquiets des convoitises des grands4 et elle fait entrer trois autres pays européens, l'Espagne, le Portugal et la Suède. Le congrès rassemble les grands diplomates de l'époque :
- le chancelier Klemens Wenzel von Metternich pour l'empire d'Autriche1 ;
- Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, prince de Bénévent, délégué par Louis XVIII, pour le royaume de France4 ;
- Lord Castlereagh, puis le duc Arthur Wellesley de Wellington1, puis Lord Clancarty (en) pour le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande ;
- Ercole Consalvi, cardinal secrétaire d'État, pour le pape Pie VII ;
- le prince Karl August von Hardenberg et Wilhelm von Humboldt pour le royaume de Prusse1 ;
- l'empereur Alexandre Ier et le comte Charles Robert de Nesselrode menant en personne la diplomatie de l'Empire russe1 ;
- Le comte Filippo Magawly Cerati et le cardinal Consalvi pour les États pontificaux, représentants de Pie VII ;
- Antoine Marie Philippe Asinari de Saint-Marsan pour le royaume de Sardaigne ;
- Anton Brignole Sale, pour la république de Gênes, annexée au royaume de Sardaigne.
- Carl Löwenhielm, pour le royaume de Suède.
Ambitions et manœuvres des puissances européennes
Le congrès de Vienne est le « champ de bataille » diplomatique où les puissances européennes tentent de satisfaire leurs ambitions tout en contrecarrant celles de leurs anciens alliés contre Napoléon Ier. Deux grands antagonismes se manifestent : celui de la Russie et du Royaume-Uni, celui de l'Autriche et de la Prusse. La France, alors vaincue, tente de retrouver une place de premier plan.
La Russie et la Prusse ont des visées expansionnistes tandis que le Royaume-Uni et l'Autriche cherchent la restauration de l'équilibre4. Le rêve séculaire du gouvernement russe de se rapprocher de l'Europe occidentale, nécessite l'annexion d'une grande partie de la Pologne, au détriment du royaume de Prusse dans l'hypothèse où ce royaume ne parviendrait pas à annexer des territoires en Europe centrale. La Russie se verrait bien présider une fédération européenne et devenir de ce fait le géant européen. La Russie est tentée de démembrer l'Empire ottoman afin de se rapprocher des détroits du Bosphore et des Dardanelles, solution qui offrirait l'accès à la Méditerranée, au grand dam de la marine britannique, maîtresse de cette mer. De plus les Russes mènent une politique très active dans le Pacifique, dont ils sont riverains en Sibérie et en Alaska. Le Royaume-Uni veut conserver la suprématie maritime acquise pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire, cela suppose le maintien de la division de l'Europe, qui permet d'affaiblir les prétentions russes. Le Royaume-Uni est également favorable à un renforcement de la puissance de la Prusse en Allemagne qui ferait obstacle à l'influence russe en Europe. Russes et Britanniques sont en concurrence dans l'Empire ottoman et en Asie centrale avec l'avancée russe vers la mer Caspienne et celle des Britanniques en Afghanistan.
La Prusse et l'Autriche se disputent la suprématie en Allemagne. L'Autriche ne veut pas d'un agrandissement du royaume de Prusse, qui se ferait au détriment du roi de Saxe, fidèle allié de Napoléon Ier : la Prusse, déjà maîtresse de la Silésie, encerclerait la province de Bohème autrichienne4. Pour l'Autriche, le morcellement de l'Allemagne est la condition de son ascendant sur la Prusse. Cette dernière, quant à elle, accepte un glissement russe en Pologne pourvu que la Saxe lui soit accordée (accord russo-prussien de Kalisz du 28 février 1813). L'Autriche est hostile à la politique russe dans les Balkans (protection des minorités slaves de l'Empire ottoman) qu'elle considère comme chasse gardée. Elle reçoit pour cette position le soutien du Royaume-Uni, qui lui aussi veut empêcher les Russes de s'installer en mer Méditerranée.
Puissance vaincue, la France tente d'alléger le coût territorial de sa défaite et de retrouver sa place dans le concert européen des souverains légitimes. Talleyrand obtient de pouvoir participer aux conférences initialement réservées aux quatre vainqueurs. Pour cela, il promet à Castlereagh de soutenir la position britannique sur l'interdiction de la traite des Noirs. Il est également favorable au rétablissement des Bourbons dans le royaume des Deux-Siciles4 que défendent les Britanniques (L'Autriche souhaite le maintien sur le trône de Naples de son récent allié Joachim Murat). Talleyrand obtient la participation de la Suède, de l'Espagne et du Portugal aux réunions des Grands, cela lui permet d'avoir des alliés face aux vainqueurs. Il s'allie à Metternich pour soutenir le maintien d'un royaume de Saxe5, contrecarrant les ambitions de la Prusse, en contrepartie de l'annexion par la Prusse de la Rhénanie (ce qui fait de la Prusse le voisin immédiat de la France). Pour cela, il signe le 3 janvier 1815, avec l'Autriche et le Royaume-Uni un traité secret destiné à contrer la Russie et la Prusse en Allemagne4. Lire la suite
