Invités à Sarcelles (Val d’Oise), un groupe d’Irakiens a pu dialoguer pendant une semaine avec des interlocuteurs français
Shammeran Odesho est présidente de la Ligue des femmes irakiennes à Bagdad. Salman Sada est président de la Société culturelle mandéenne. Sa communauté – un groupe religieux gnostique vivant en Irak et en Iran (1) – est souvent visée par les extrémistes musulmans. Saja Hashim a 20 ans. étudiante en espagnol à l’université de Bagdad, elle représente l’Union générale des étudiants irakiens et c’est la première fois qu’elle quitte son pays.
Ils faisaient partie d’un petit groupe d’Irakiens, de toutes confessions et originaires de différentes régions du pays, venus en France dans le cadre d’un projet de soutien aux organisations de la société civile irakienne, mis en œuvre par le réseau pour un Irak au futur démocratique (IDFN), Alternatives (Canada), ses partenaires d’Initiatives pour un autre monde (Ipam, France) et du Forum des alternatives Maroc (FMAS).
Leur venue en France a été rendue possible grâce à l’intervention du sénateur Vert du Haut-Rhin Jacques Muller, catholique de gauche, gaulliste, ancien animateur du Mouvement pour une alternative non-violente. « Le mur de Berlin est tombé grâce à la construc tion de la société civile. Je suis sûr que la paix et la justice peuvent prévaloir en Irak et qu’une société multiculturelle et multiconfessionnelle peut exister dans ce pays. La société civile, insiste-t-il, a besoin d’être entendue et soutenue pour reconstruire un Irak démocratique et retrouver la paix. »
«Comment reconnaître la diversité dans l’espace républicain ?»
Les premières ONG irakiennes sont nées après la chute du régime de Saddam Hussein, en 2003. « Nous connaissons l’histoire avant-gardiste de la société civile française, comment faites-vous en France pour que les différentes communautés coexistent ? », demande Shammeran Odesho au député maire socialiste de Sarcelles, François Pupponi, qui recevait vendredi 10 décembre la délégation dans sa ville. « C’est un long processus qui repose sur trois piliers : “Liberté, égalité et fraternité” et sur un principe de base, la laïcité, et donc la séparation entre les religions et l’État. »
Pas d’angélisme sur une société française idéalisée, cependant. Le député et maire de Sarcelles ne cache pas à ses invités irakiens les difficultés face à l’immigration musulmane, et à la question du voile notamment. « Comment reconnaître la diversité dans l’espace républicain ? La société française n’a pas encore trouvé de réponse à cette question », conclut le maire.
«Beaucoup de pays nous proposent de partir»
Depuis, des Irakiens de cette communauté chrétienne ont été accueillis en France, à la suite de l’embargo contre l’Irak et la guerre américaine en 2003. Récemment, une trentaine de personnes, victimes de l’attentat contre la cathédrale syrienne-catholique de Bagdad, le 31 octobre, ont été accueillies pour y être soignées et rester si elles le souhaitent.
Interrogée à ce sujet, Shammeran Odesho, elle-même chrétienne, souhaite que les gens de sa communauté reviennent en Irak. « Beaucoup de pays nous proposent de partir, mais il faut chercher la solution entre nous, pour que nous restions. Nous ne voulons pas d’une solution qui nous divise encore plus. »
Agnès ROTIVEL
(1) Ils inscrivent leur religion dans la lignée de Jean le Baptiste, sans lien avec le christianisme ou l’islam.
