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Religion et santé - foi, croyances et pratiques hospitalières en Méditerranée

Source: lorientlejour.com
L'USJ héberge pour deux jours un colloque euro-méditerranéen sous le titre : « Les conversations de Salerne », dont l'objectif est de déchiffrer les rapports entre salut et santé.

Comment s'insèrent le religieux et le spirituel dans la vie de l'hôpital ? Telle est la problématique extrêmement riche que les organisateurs du colloque euro-méditerranéen sur le thème « Salut et santé », qui s'est ouvert hier à l'USJ (campus des sciences médicales), ont choisi d'aborder.

Le colloque, coordonné localement par le Pr Roland Tomb, directeur du département de dermatologie de la faculté de médecine de l'USJ, réunit une vingtaine de professeurs et de chercheurs libanais, arabes et européens. Il s'est ouvert hier en présence du directeur général d'Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM), Jean-Paul Ségade, du Pr Pierre Fuentes, président du Conseil scientifique et culturel de l'AP-HM, du président de la CNSS, le Dr Tobie Zakhya, du président de l'ordre des médecins, le Dr Charaf Aboucharaf, et du conseiller culturel de l'ambassade de France, représentant l'ambassadeur Denis Pietton.
La rencontre s'insère dans le cadre euro-méditerranéen des « Conversations de Salerne », un nouveau rendez-vous à vocation annuelle consacré à la thématique santé et culture. Il se tient cette année au Liban en coopération avec l'Assistance publique-Hôpitaux de Marseille, et en partenariat avec l'Université de la Méditerranée, Marseille-Provence, capitale européenne de la culture 2013, et sept centres hospitalo-universitaires du bassin méditerranéen.
« Notre pays est un laboratoire vivant qui vit quotidiennement cette thématique. Nos médecins sont issus de toutes les sensibilités religieuses ; ils ont été éduqués dans nombre de langues et de cultures, parfois loin de chez eux, et nos institutions hospitalières reflètent à elles seules toute cette diversité », a affirmé dans un mot d'introduction le Pr Aboucharaf, lui-même issu des universités de Beyrouth et Stockholm.
Souhaitant la bienvenue aux participants, le recteur de l'USJ, le Pr René Chamussy s.j., a salué cet « atelier préparatoire à un grand colloque euro-méditerranéen à venir » et « des échanges qui permettront aux participants de poser des regards différents sur les grands moments de la vie humaine ».
« À terme, j'en suis sûr, mille choses seront à retenir, qui, toutes, permettront de redonner sens à ce qui n'en a plus », a-t-il ajouté.
De fait, le colloque doit permettre de voir comment les cultures et les individus donnent sens aux grands moments de la vie, en particulier à ces situations extrêmes que sont les maladies incurables, la souffrance physique et psychique, la malformation, le handicap et la mort. En bref, à tout ce qui fait que notre vie n'est pas lisse, facile et heureuse.
« Car il ne fait pas de doute que, dans les hôpitaux comme ailleurs, on ne vit plus son parcours comme auparavant, et s'il est des constantes de vie, de dégénérescence et de mort qui perdurent, il est des mentalités qui changent, y compris dans le domaine religieux. Ce sont dès lors des manières d'être qui sont à revoir et c'est toujours un long travail », a souligné le Pr Chamussy.

Daccache corrige
D'emblée, le doyen de la faculté des sciences religieuses de l'USJ, le P. Salim Daccache, a corrigé l'un des axes de réflexion proposés par les organisateurs qui, en sous-titre à « Salut et santé », propose « religions et spiritualité à l'hôpital en Méditerranée ».
« Évidemment, a-t-il affirmé, nous ne pouvons lire le couple religions et spiritualités comme s'il y a une dichotomie ou une contradiction entre les deux (...) comme c'est la tendance de nos jours. Il nous faut rappeler que la religion n'offre pas seulement un cadre culturel et doctrinal au sujet des questions qui touchent l'identité et les questions ultimes et sacrées de la vie, mais au moins en ce qui concerne le christianisme, elle offre une expérience spirituelle et une quête humaine du sens à donner à la souffrance, à l'angoisse et à la mort, et un chemin qui peut être un réel appui à la guérison du corps et à une meilleure prise en charge de la totalité de l'être humain. »
La première journée des « Conversations de Salerne » a permis d'aborder trois des thèmes du colloque : éthique des religions et du soin dans les moments existentiels de la vie ; communautarisme et sécularisation des enjeux de santé ; syncrétisme religieux, entre superstition et savoirs scientifiques.
Les trois sessions ont permis aux conférenciers d'aborder différentes facettes de la problématique proposée. Le P. Michel Nader s.j. a parlé de ce que la tradition catholique peut apporter aux moments vécus par un malade en phase terminale, pour lui permettre, ainsi qu'à ses proches, de faire face à la mort et aux inévitables sentiments d'échec et de désespoir.
Pour sa part, Mohammad Rafic Khalil, professeur de chirurgie à l'université d'Alexandrie, a parlé des critères d'éthique médicale développés dès le IXe siècle par l'École arabo-islamique.
Généticienne, coordinatrice de l'Espace éthique à l'AP-HM, Perrine Malzac a montré « de quelle façon la laïcité, cadre de travail au sein des hôpitaux publics en France, peut être compatible avec une prise en charge des croyances religieuses des patients », tandis qu'Ilham Kallab, professeur à l'UL, analysait « la manière dont la vieillesse est perçue dans la société orientale et méditerranéenne ».

La circoncision
Après une pause, Sylvia Chiffoleau a parlé des enjeux sanitaires du pèlerinage à La Mecque à l'époque coloniale et du système de quarantaine qui l'accompagnait ; le Pr Tomb de l'histoire de la circoncision en Méditerranée, et de la manière dont un rite religieux devenu impératif hygiénique - contestable - « s'est déplacé de la maison à l'hôpital » ; tandis que Jacques Battin, de l'Académie française de médecine, analysait les rapports ambigus et interdépendants entre médecine et religion et qu'Antonio Guerci, de l'université de Gênes, évoquait la maladie comme « aboutissement d'une histoire », une mise en forme de la souffrance.
Enfin, le colloque a permis à Roula Abi Habib-Khoury, chef du département de sociologie à l'USJ, de parler des « nouveaux guérisseurs au Liban » et du « réenchantement du monde » ; Anne-Marie Moulin, directrice de recherche à l'université du Caire, de l'actualité de la tradition médiévale arabe, que les brillantes découvertes et les progrès thérapeutiques contemporains n'ont pas rendue caduque ; Mounir Chamoun, psychanalyste et membre du corps enseignant de l'USJ, du corps malade, entre superstitions et savoir scientifique, et Ymane Fakhir, photographe marseillaise, de disserter sur le thème « Faites vos vœux ».
Aujourd'hui, le colloque abordera les thèmes suivants : La place du religieux et du spirituel à l'hôpital et enfin Le sacré et le salut.