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| Charles de Gaule |
3 Décembre 1943: La 36e division américaine prend le mont Maggiore. La cité de San Vito est prise. La cité de San Vito est prise par la 8e division. Cependant, dans le secteur d'Orsogna, une contre-attaque de la 26e Panzerdivision contraint la 2e division néo-zélandaise à se replier.
12 Décembre 1943:La 5e armée américaine continue d'attaquer. Les soldats de la 36e division du 2e corps américain occupent San Giacomo, entre le mont Maggiore et le mont Lungo.
16 Décembre 1943: Après avoir occupé toute la Nouvelle-Guinée, les forces américaines du Général Mac Arthur débarquent dans l'île de Nouvelle-Bretagne.
Discours prononcé à Constantine le 12 Décembre 1943
Discours prononcé à l'université d'Alger le 18 décembre 1943
Discours radiodiffusé à Alger le 24 Décembre 1943
12 Décembre 1943
C'est le propre de la guerre que ses épreuves ne cessent de grandir, jusqu'au moment où, l'équilibre étant rompu par la défaillance de l'un des deux camps, tous les malheurs refluent sur le seul vaincu. Or, nous n'en sommes pas encore là. Si l'Allemagne a dû essuyer, pendant l'année qui se termine, les coups les plus durs, si, en ce moment même, elle subit de très graves pertes morales et matérielles, si d'immenses préparatifs sont actuellement en cours pour lui livrer à la fois. de l'est, de l'ouest et du sud, l'assaut concentré qui doit détruire sa puissance, à l'heure qu'il est l'Allemagne nous oppose toujours une résistance acharnée. C'est dire que le camp de la liberté n'est pas au terme de ses peines.
Il n'y a donc point à compter que les efforts et les sacrifices de la nation française et des vaillantes populations dont le sort est lié à son sort aillent en diminuant avant le jour de la victoire. Cela, je n'hésite pas à le dire avec netteté et fermeté. Notre pays mesure, d'ailleurs, très clairement quelle distance sépare le point où il en est du point où il veut aller. La France qui, depuis deux mille ans, ne cesse de vivre dans le risque, la France qui est accoutumée aux abimes et aux catastrophes comme elle a l'habitude de la gloire et de la grandeur, la France sait combien longuement et durement elle doit lutter, souffrir, travailler, d'abord pour jouer son rôle dans la victoire, ensuite pour réédifier sa puissance.
Oui, certes, le combat et le redressement de la France s'accomplissent dans des conditions particulièrement cruelles. Les millions et les millions d'hommes, de femmes, d'enfants, qui, chez nous, subissent depuis trois ans et demi le martyre moral et physique de l'invasion et de l'oppression; les deux millions et demi de Français 2 qui sont détenus par l'ennemi; les combattants de la Résistance qui, presque sans armes, traqués, torturés, décimés, redoublent en ce moment d'audace et de résolution pour ébranler la machine de guerre de l'ennemi et mettre les traîtres hors d'état de nuire; tous ceux-là ne connaissent que trop ce que coûtent la lutte et l'effort dans les circonstances terribles où la patrie se trouve placée.
L'Empire français et la Corse, coupés de la Métropole, dépourvus de beaucoup des objets et des matières les plus nécessaires et, pour certains territoires, soumis encore à l'heure qu'il est à un régime limitatif de la souveraineté française, mais qui, néanmoins, prodiguent pour la guerre leurs ressources, leurs hommes, leurs sacrifices, mesurent à quel point une pareille situation alourdit et complique leur tâche. Nos armées de terre, de mer et de l'air, qui ne disposent actuellement, en fait d'armes modernes, que de celles qui proviennent de nos alliés, mais qui, cependant, aspirent aux champs de bataille de toute leur ardeur et de toute leur valeur, éprouvent le surcroît de peine que leur impose cet état de choses. Mais, quels que soient aujourd'hui et quels que doivent être demain les obstacles accumulés sous les pas de la France, je puis dire en son nom, très simplement et très tranquillement, qu'elle est résolue à les surmonter, qu'elle est sûre d'en avoir la force et qu'elle entend, cette fois, en tirer toutes les leçons.
Je dis bien: en tirer les leçons. Car, si la nation française n'entrevoyait sa libération que comme le moyen de redevenir, sans y changer rien, ce qu'elle était avant le drame, s'il ne s'agissait, pour ses fils et ses filles, que de retrouver intacts leurs biens et leurs habitudes, s'il n'était question, pour le pays, que de reprendre telles quelles les données du jeu d'avant-guerre: pratiques politiques, conjonctures extérieures, régime social, bref, si; dans un monde que tout pousse à se transformer, la France devait, pour la première fois depuis qu'elle est la France, prétendre demeurer figée dans son passé, alors il serait inutile de parler de redressement. Notre pays, une fois éteints les lampions et enroulés les drapeaux: de la victoire, n'aurait plus qu'à parcourir les étapes de la décadence. Mais rien n'est plus éloigné de ce que rêve et de ce que veut la France, refondue au creuset des douleurs. Qu'il s'agisse de ses institutions, de son activité économique, des conditions de vie de ses enfants, de ses rapports avec les autres peuples, du développement de son Empire, les voies qu'elle entend suivre ne sont pas celles d'une routine paresseuse, mais bien celles du renouveau.
Or, si après cette guerre, dont l'enjeu est la condition humaine, chaque nation aura l'obligation d'instaurer au-dedans d'elle-même un plus juste équilibre entre tous ses enfants, des devoirs plus vastes encore s'imposent aux pays qui, comme le nôtre, se sont, depuis l'âge des grandes découvertes, associé d'autres peuples et d'autres races. Il appartient à la France de faire honneur au contrat. En prouvant, dans les conditions effroyables de ces quatre dernières années, leur unité profonde, tous les territoires de la communauté impériale française ont fait crédit à la France, c'est-à-dire à l'évangile de la fraternité des races, de l'égalité des chances, du maintien vigilant de l'ordre pour assurer à tous la liberté.
Cette volonté de renouveau, qui anime la nation tutélaire à mesure qu'elle voit approcher la fin du drame et s'entrouvrir la porte de l'avenir, l'Afrique du Nord nous offre l'occasion, nous impose le devoir de lui donner sereinement carrière. Les événements font en sorte que l'Afrique du Nord est le terrain où commencent à s'épanouir la force renaissante et l'espérance immortelle de la France. Ici reparaissent ses libertés. Ici siège son Gouvernement de guerre. Ici s'est formée l'Assemblée qui donne à l'opinion une expression qualifiée. Ici s'assemblent les premiers éléments de ses armées de demain. Ici se trouvent les représentants que de nombreuses Puissances étrangères ont délégués auprès d'elle, marquant ainsi qu'elles savent bien, par-delà certaines formules de circonstance, avec qui bat le cœur de la patrie. Ici auront été prodiguées à la France, par l'ensemble des populations, les preuves d'une fidélité à quoi l'étendue de ses propres malheurs donne un caractère décisif qui, non seulement l'émeut jusque dans ses profondeurs, mais, dès à présent, l'oblige.
Oui, l'oblige, à l'égard notamment des Musulmans de l'Afrique du Nord. La France, en accord et par des traités conclus avec leurs souverains, a donné au Maroc et à la Tunisie un développement qu'il s'agit de poursuivre, en y associant chaque jour plus largement les élites de la société locale. Dans les trois départements de l'Algérie française, la tâche comporte ~esexigeJ:lces différentes.
Quelle occasion meilleure pourrais-je trouver d'annoncer que le Gouvernement, après un examen approfondi de ce qui est souhaitable et de ce qui est actuellement possible, vient de prendre, à l'égard de l'Algérie, d'importantes résolutions ? Le Comité de la Libération a décidé, d'abord, d'attribuer immédiatement à plusieurs dizaines de milliers de Français musulmans leurs droits entiers de citoyens, sans admettre que l'exercice de ces droits puisse être empêché, ni limité, par des objections fondées sur le statut personnel.
En même temps, va être augmentée la proportion des Français musulmans dans les diverses Assemblées qui traitent des intérêts locaux. Corrélativement, un grand nombre de postes administratifs seront rendus accessibles à ceux qui en auront la capacité. Mais, c'est aussi à l'amélioration absolue et relative des conditions de vie des masses algériennes que le Gouver-nement a résolu de s'attacher par un ensemble de mesures qu'il fera très prochainement connaître. Personne ne peut contester que ce soit là une œuvre de longue haleine, que l'état de guerre et la situation présente de la Métropole ne laissent pas de compliquer à l'extrême. Personne ne peut, d'autre part, mettre en doute que certaines dispositions utiles aient déjà été prises à cet égard. Personne ne peut, enfin, nier que rien ne serait concevable sans le labeur acharné de ces colons, qui fit jaillir du pays les richesses de la nature.
Mais, ce plan d'ensemble, concernant l'Algérie et dont l'exécution sera commencée aussitôt avec les moyens disponibles, montrera à tous que la France nouvelle a mesuré ici tous ses devoirs.
Dans cette phase, la plus rude de notre rude existence de peuple, à chaque jour suffit sa tâche, mais une tâche doit remplir chaque jour. Entre Français de bonne volonté ce n'est point l'heure des doutes, ni des querelles. Pour atteindre le but, c'est sur nous-mêmes, Français, qu'il nous faut d'abord et essentiellement compter. Qu'est-ce à dire, sinon que nous avons besoin de compter les uns sur les autres ?
18 décembre 1943
Mesdames, Messieurs,
Comment n'être pas frappé par le caractère de la cérémonie d'aujourd'hui ? Assurément, cette cérémonie revêt l'aspect de majesté traditionnelle qui convient et qu'il est salutaire de maintenir ou de mieux faire revivre. Mais nous y percevons aussi un air de confiance retrouvée, une ambiance d'enthousiasme allègre, qui sont comme les signes d'une réconfortante ardeur.
C'est que, par-delà toutes les douleurs pré-sentes, la pensée française, avant-garde ailée de la patrie, perçoit chaque jour plus clairement les raisons qu'elle a d'espérer et découvre, en même temps, l'étendue de la carrière que l'avenir va lui ouvrir.
Ses raisons d'espérer, c'est en elle-même qu'elle les trouve. La pensée française sent que, sous les rocs écrasants du malheur et de la tyrannie, ses sources profondes sont prêtes à jaillir plus vigoureuses que jamais.
Et, quant aux perspectives d'avenir, elles sont celles-là mêmes qu'un monde, labouré jusqu'aux entrailles par le soc terrible de la guerre, offre à l'effort spéculatif et constructif de l'esprit. Or, un tel domaine est le plus propre à exalter la pensée française, pour peu qu'elle veuille rester ce qu'elle est, c'est-à-dire claire, sensible, humaine.
L'Université d'Alger discerne aujourd'hui, j'en suis sûr, quelle part éminente doit être la sienne dans un tel redressement intellectuel français. Du fait qu'elle se trouve, à cet égard, non point comme la dernière tranchée, mais bien comme la base de départ de l'essor national, du fait aussi qu'elle est le foyer chargé de répandre le souffle de notre civilisation au milieu d'élites africaines qui y aspirent et déjà y concourent, l'Université d'Alger voit se fixer sur elle l'attention du pays et celle de tout ce que la France compte dans le monde d'intelligences amies.
Il suffit de dire cela pour exprimer ses devoirs. Nous avons pleine confiance qu'elle les acquittera noblement pour la gloire de la pensée et le service de la patrie.
24 Décembre 1943
Devant l'étoile de la victoire qui brille main-tenant à l'horizon, Français! Françaises! unissons-nous! Unissons-nous pour les efforts suprêmes! Unissons-nous pour les suprêmes douleurs!
L'ennemi, l'ennemi qui recule, l'ennemi dont la nation ne sépare pas les quelques traîtres qui le servent, voilà qui nous devons, par tous les moyens en notre pouvoir, maudire, attaquer, détruire!
Mais ce soir, ce soir de Noël, que chacun de nous pense aux autres Français et aux autres Françaises qui, comme lui, souffrent pour la France, luttent pour la France, espèrent en la France! Qu'il y pense amicalement! Qu'il y pense fraternellement !
Que chacun de nous porte son âme vers nos soldats, nos marins, nos aviateurs, aux prises avec l'Allemand, sur le sol d'Italie sur toutes les mers du monde, dans les ciels de Méditerranée, de Russie, d'Angleterre, ou qui s'apprêtent à gagner, à leur tour, les champs de bataille; vers nos combattants de France, hommes et femmes héroïques qui luttent comme ils peuvent, tant qu'ils peuvent, sous le joug de l'ennemi et de ses collaborateurs ; vers nos garçons prisonniers et déportés qui se rongent de fureur là où l'Allemand les détient !
Que chacun de nous lève son cœur vers nos jeunes gens, nos jeunes filles, humiliés, nos petits enfants malheureux, vers les mamans françaises que l'angoisse ne quitte pas.
Ces soldats, ces combattants, ces jeunes et ces vieux, tous ils sont notre peuple, le fier, le brave, le grand peuple français, dont nous sommes. Qu'importent, dans le drame présent, nos divergences et nos partis ! Estimons-nous ! Aidons-nous ! Aimons-nous !
D'abord, nous le méritons! Et puis, pour refaire ensemble la chère, grande et libre France, il nous faut, oui il nous faut! marcher la main dans la main !
Que chacun de nous, enfin, adresse en lui-même ses souhaits ardents de Noël à nos vaillants Alliés, à ces millions d'hommes et de femmes qui, dans le monde, combattent, résistent, travaillent, comme nous, avec nous, pour la même victoire que nous !
Ce soir, ce soir de Noël, les mêrtles vœux montent en même temps du cœur de tous les Français! Comme nous découvrons bien, ce soir, dans notre épreuve commune et dans notre effort rassemblé, que nous avons une seule fierté et une seule espérance, parce que nous sommes frères et sœurs, oui, tous et toutes, pareillement, les fils et les filles de la France!
