Par Radio-Canada | Radio Canada – 23 juillet 2011
La Norvège est en deuil et sous le choc au lendemain du double attentat dans lequel au moins 92 personnes ont perdu la vie, dont de nombreux jeunes, selon le dernier bilan des autorités.
Le bilan pourrait encore s'alourdir, car quatre personnes sont portées disparues après la fusillade sur l'île d'Utoeya.
Le suspect de l'attentat à la voiture piégée d'Oslo et de la fusillade sur l'île d'Utoeya non loin, où se tenait un rassemblement de jeunes militants du parti au pouvoir, a été inculpé d'actes de terrorisme par la police norvégienne.
L'homme de 32 ans, que les médias locaux présentent comme Anders Behring Breivik, a reconnu samedi les faits qui lui sont reprochés.
Les attaques à Oslo étaient planifiées depuis « une longue période », ont rapporté samedi les avocats du suspect. Ils ajoutent que leur client estime son geste « cruel », mais nécessaire.
Selon un mémoire de 1500 pages qu'il a publié sur Internet et que s'est procuré l'Agence France-Presse, il planifiait son action depuis l'automne 2009.
Dans ce document, le suspect détaille les préparatifs de l'attaque, évoquant « l'usage du terrorisme comme un moyen d'éveiller les masses ». Il affirme aussi s'attendre à être perçu « comme le plus grand monstre depuis la Seconde Guerre mondiale ».
Anders Behring Breivik a avoué avoir ouvert le feu sur l'île d'Utoeya. La police n'est cependant pas en mesure de dire s'il a agi seul ou non et enquête en ce sens.
Les enquêteurs soulignent que le Norvégien collabore avec eux. « Il est clair sur le fait qu'il veut s'expliquer », a dit le responsable de la police norvégienne, Roger Andresen.
Les avocats du suspect ont d'ailleurs indiqué qu'il souhaite s'expliquer devant la justice, et ce, lors d'une audience qui est prévue lundi. Le tribunal décidera alors s'il maintient l'homme en détention dans l'attente de son procès.
Une fusillade d'une heure et demie
La fusillade sur l'île aurait duré environ une heure et demie. Les policiers ont mis près de 45 minutes à se rendre sur place. La plupart des médias rapportent que le tireur se serait rendu dès l'arrivée des forces de l'ordre, sans qu'ils aient à ouvrir le feu.
Selon la BBC, la police aurait plutôt arrêté le suspect 45 minutes après être arrivée sur les lieux.
Le suspect partagerait, selon des messages qu'il aurait mis en ligne, des idées d'extrême droite et fondamentalistes chrétiennes.
« Mais il est trop tôt pour dire si cela a été un motif pour son geste », a précisé le commissaire Sveinung Sponheim.
Le suspect diffuse une vidéo sur YouTube
Anders Behring Breivik apparaît dans une vidéo publiée sur le site de partage de vidéo YouTube célébrant le combat contre l'islam. Les images montrent notamment le suspect vêtu d'une combinaison de plongée en train de brandir une arme automatique. L'enregistrement, d'une durée de près de 12 minutes, est intitulé « Templiers 2083 ».
La vidéo a également été publiée sur le site de réseautage Facebook de l'homme norvégien, mais son profil est désormais fermé.
Les enquêteurs le tiennent responsable des deux attaques, mais ils n'excluent pas de nouvelles arrestations.
Les recherches se poursuivent dans les eaux entourant l'île d'Utoeya, où plusieurs personnes avaient tenté de trouver refuge lorsque le tireur, déguisé en policier, a ouvert le feu, quelques heures après l'explosion d'une bombe dans le centre d'Oslo.
Plus de 90 personnes ont perdu la vie sur l'île, et sept autres lors de l'explosion qui s'est produite dans le quartier des ministères de la capitale. La police norvégienne a d'ailleurs confirmé samedi que cette explosion était due à une voiture piégée. Le véhicule aurait été rempli de fertilisants explosifs.
« C'est comme un cauchemar » a laissé tomber samedi le premier ministre Jens Stoltenberg, qui parle de la pire tragédie nationale depuis la Seconde Guerre mondiale.
Le premier ministre a refusé de spéculer sur l'ampleur que pourrait avoir prise l'extrême droite en Norvège avant la conclusion de l'enquête.
Anders Behring Breivik est cependant sans lien connu avec les milieux radicaux et sans casier judiciaire, a confié, sous couvert de l'anonymat, un policier à l'Associated Press. Selon les médias locaux, il est propriétaire de deux armes à feu en règle et membre d'un club de tir.
Dans un rapport d'évaluation des risques paru en février, le Service de la sécurité de la police norvégienne disait ne pas considérer l'extrême droite comme une « menace sérieuse ».
Des mouvements néo-nazis ont été actifs en Scandinavie dans les années 1990, commettant des meurtres et des braquages, mais sont depuis restés discrets.
Selon fondation Expo, un observatoire des groupes d'extrême droite basé à Stockholm, le suspect aurait été membre d'un forum néo-nazi suédois sur Internet.
« Il s'est enregistré comme utilisateur en 2009, sous un pseudonyme qui conduit à son adresse courriel », a précisé à l'AFP Mikael Ekman, chercheur dans cette fondation.