Par Karl Ritter--, The Associated Press | La Presse Canadienne – 23 juillet 2011
STOCKHOLM - Le profil du principal suspect dans le double attentat sanglant en Norvège reste un mystère pour les enquêteurs. Cet homme de 32 ans considéré comme un fondamentaliste chrétien, proche de l'extrême droite avec des opinions anti-musulmanes, mais sans lien connu avec les milieux radicaux, "est sorti de nulle part", a confié, sous couvert de l'anonymat, un policier à l'Associated Press.
Selon les médias locaux, il s'agirait d'Anders Breivik, un Norvégien aux cheveux blonds et aux yeux bleus, propriétaire de deux armes à feu en règle et membre d'un club de tir. Il dirigeait une société agricole par le biais de laquelle il pourrait s'être procuré d'importantes quantités d'engrais, substances hautement explosives pouvant servir à la fabrication de bombes.
Le suspect avait mis en ligne des messages sur des sites liés aux fondamentalistes chrétiens, a indiqué samedi à la presse Roger Andresen, de la police d'Oslo. Selon Sveinung Sponheim, chef de la police nationale, ces messages "suggèrent qu'il penche à droite politiquement et qu'il a des opinions anti-musulmanes, mais on ne sait pas encore si cela a motivé ses actes".
Anders Breivik n'appartenait en tout cas à aucune faction connue de l'extrême droite norvégienne, un mouvement limité et éclaté, selon un policier norvégien. Il n'avait pas non plus de casier judiciaire, excepté quelques délits mineurs.
"Il n'était pas dans notre viseur. Cela aurait été le cas s'il avait été actif dans des mouvements néo-nazis en Norvège", a précisé ce policier à l'AP. "Mais il pourrait quand même avoir été inspiré par leur idéologie".
Des mouvements néo-nazis ont été actifs en Scandinavie dans les années 1990, commettant des meurtres et des braquages, mais sont depuis restés discrets. "Ils manquent de dirigeants. On contrôle relativement bien ces groupes", assure ce policier.
Anders Breivik vivait dans un appartement de l'ouest d'Oslo, bouclé par la police samedi. Inculpé des chefs préliminaires d'actes de terrorisme, il est interrogé sur les deux attaques et parle aux enquêteurs, a affirmé Roger Andresen. "Il veut s'expliquer".
"C'est étrange qu'il ne se soit pas tué, comme ceux qui tirent dans des écoles", a confié le policier sous couvert d'anonymat à l'AP. "C'est bien qu'il ne l'ait pas fait car on va pouvoir avoir des réponses sur ses motivations".
Selon ce policier, les attentats semblent être l'oeuvre d'un seul homme isolé, sans liens avec des réseaux terroristes internationaux. Le double attentat de vendredi "est probablement plus l'Oklahoma City de la Norvège que son World Trade Center", a-t-il estimé, en référence à l'attentat de 1995 contre un bâtiment fédéral à Oklahoma City, perpétré par des terroristes américains. Les enquêteurs penchent pour le moment pour un seul auteur, mais n'excluent toutefois pas des complicités.
Anders Breivik possédait une page Facebook, qui a été fermée vendredi. Un compte Twitter existait également à son nom, avec une seule entrée, datée du 17 juillet, qui citait le philosophe anglais John Stuart Mill: "Une personne avec une croyance a autant de force que 100.000 qui n'ont que des intérêts". AP
