La Presse CanadiennePar Gregory Katz, The Associated Press | La Presse Canadienne – 18 mai 2011
DUBLIN - Au second jour de sa visite de réconciliation en Irlande, la reine Élisabeth II a exprimé mercredi sa «profonde sympathie» pour tous ceux qui ont souffert des relations troubles entre le Royaume-Uni et l'Irlande.
La reine ne s'est pas excusée pour les actes des Britanniques durant le conflit, mais elle a affirmé que des erreurs évidentes avaient été commises.
«À tous ceux qui ont souffert à cause de notre passé trouble, j'adresse mes pensées sincères et ma profonde sympathie», a dit Élisabeth II lors d'un dîner d'État organisé par la présidente irlandaise Mary McAleese. «Avec le bénéfice du recul historique, nous pouvons tous voir des choses que nous aurions souhaité être faites différemment ou pas du tout», a-t-elle ajouté.
La reine, dont la visite a été marquée par plusieurs scènes mémorables d'amitié et de pardon, s'est concentrée sur les aspects positifs de la relation entre les deux pays dans le reste de son discours, affirmant que personne, dans les siècles passés, n'aurait pu imaginer les liens d'amitié qui unissent maintenant le Royaume-Uni et l'Irlande.
Les invités de la soirée ont été surpris, et ravis, quand elle a commencé son discours par quelques mots en gaélique, la langue nationale irlandaise. La reine a ensuite proposé un toast au peuple d'Irlande.
«J'aime le tintement de ces verres», a-t-elle dit quand les invités ont levé leurs coupes de champagne pour trinquer.
Son discours a peut-être déçu ceux qui s'attendaient à des excuses formelles de la monarchie britannique, mais d'autres ont estimé que la reine était passée tout près d'admettre les fautes des Britanniques dans la lutte contre le mouvement indépendantiste irlandais.
Le discours de la reine, la seule allocution publique annoncée durant sa visite, était le tout premier prononcé par un souverain britannique en République d'Irlande.
Plus tôt dans la journée, la reine s'était rendue dans le stade où a eu lieu le massacre du «Bloody Sunday». En novembre 1920, lors de la guerre d'indépendance de l'Irlande, les troupes britanniques avaient ouvert le feu sur la foule lors d'un match de football gaélique, tuant 14 civils irlandais. Le massacre n'a jamais été oublié, mais la visite de la reine se voulait être une étape vers la réconciliation.
«Je suppose que je n'ai jamais pensé que cela arriverait, mais je l'ai espéré», a affirmé Tadhg Meehan, secrétaire de l'Association athlétique gaélique, qui a organisé la visite de la reine dans le stade.
Dans un bref discours, le président de l'association, Christy Cooney, a souhaité la bienvenue à la reine et à son mari, le prince Philip. Il a mentionné le nom des personnes tuées lors du «Bloody Sunday», mais il a aussi mis l'accent sur les relations chaleureuses qui existent maintenant entre les deux pays.
Nickey Brennan, un ancien président de l'association, a estimé que la présence de la reine sur les lieux du massacre aurait une résonance dans toute l'Irlande.
«Le fait que Sa Majesté soit ici aujourd'hui est une étape importante», a-t-il dit. «Cela montre à quel point nous sommes tous passés à autre chose.»
La décision de la reine de se rendre à Croke Park s'inscrivait dans son objectif plus large de se servir de sa visite en Irlande pour montrer sa compréhension des questions qui ont longtemps divisé les deux pays.
La reine et son mari avaient entamé la journée par une visite à Guinness Storehouse, lieu dédié à la célèbre bière irlandaise, qui est aussi l'un des endroits les plus visités du pays. Le maître brasseur Fergal Murray a préparé avec expertise une pinte de Guinness pour la reine au Gravity Bar, qui offre une vue panoramique de Dublin.
Élisabeth II a ensuite quitté l'édifice Guinness pour une rencontre avec le premier ministre irlandais, Enda Kenny.
Le premier ministre britannique David Cameron avait fait le déplacement à Dublin pour une rencontre avec M. Kenny et pour assister au dîner d'État.
Avant le dîner, M. Cameron a estimé que la visite de la reine en Irlande était un énorme succès.
«Je crois que tout le monde au Royaume-Uni a été vraiment frappé par les photos, les scènes et l'accueil chaleureux qu'elle a reçu, et je crois que cette visite scellera ce qui est déjà une relation très forte entre nos deux pays, mais une relation qui peut se renforcer encore plus», a dit le premier ministre britannique.
