C'est aujourd'hui que devrait commencer le treuillage des mineurs chiliens vers le plancher des vaches, eux qui étaient réduits depuis 70 jours à côtoyer les rats en enfer. Quelle délivrance! Et quelle horreur en même temps…
Tout d'abord, l'expulsion des ténèbres de la Terre sera une expérience difficile pour l'ensemble de ces hommes ordinaires. Personne ne souhaitera à son pire ennemi de vivre autant de stress, en connaissant ainsi une célébrité mondiale instantanée. Pensez simplement à ces maîtresses qui font le pied de grue dans l'attente d'une part du gros lot promis aux mineurs, et qui ont fait la manchette partout. Terminée, la vie privée.
Mais un drame plus vaste a été mis au jour par cette histoire humaine qui nous rejoint tous : celui de notre société moderne qui a atteint le fond du baril… Hubert Reeves l'a déjà prédit : au rythme où on va, l'humanité court à sa perte aussi rapidement qu'en 2100. Pensez-y, nos enfants assisteront peut-être à l'extinction de notre espèce!
Et le destin extraordinaire de 33 mineurs illustre bien le triste sort qui nous attend. Imaginez la hauteur du Mont Sainte-Anne, mais sous vos pieds. C'est à cette profondeur qu'on est rendu, à risquer des vies pour puiser les ressources de la Terre. On creuse aux limites du manteau inférieur de la croûte terrestre afin d'extraire du cuivre, une ressource qui sera totalement épuisée d'ici 20 ans. Pour les autres minerais, vous pouvez consulter rapidement ce tableau, produit par le New Scientist : .
En résumé, la seule ressource matérielle qui ne sera pas épuisée dans le monde d'ici la fin de ce siècle, c'est la bauxite, qui permet de produire l'aluminium. Inquiétant, n'est-ce pas? Côté pétrole, c'est bien pire : La rareté fait en sorte qu'on fore plus profondément que l'équivalent du mont Everest, jusqu'au coeur du noyau interne de la planète! D'ailleurs, en 2009, la compagnie Transocean se vantait d'avoir atteint une profondeur record, qui dépassait les 10 000 mètres, pour puiser pétrole et gaz depuis sa plateforme... Deepwater Horizon, qui a incidemment battu par la suite un autre triste record, via BP qui l'avait louée, établissant la pire marée noire de l'Histoire.
Mais ce qu'il y a de plus terrifiant, ce n'est pas l'épuisement inéluctable de nos ressources naturelles qui, une à une, disparaîtront très rapidement. C'est plutôt le chemin que l'on empruntera pour atteindre les dates butoirs. Comme l'historique de cette mine chilienne de San Jose, jugée si dangereuse qu'on l'a fermée en 2007, après 3 décès accidentels. On l'a rouverte quelques mois plus tard dans le même état, pour des raisons obscures, sans qu'aucune amélioration à la sécurité ne soit apportée. Plusieurs parlent de corruption. Toujours est-il que les responsables ont contourné les règles : Le superviseur de la mine n'était pas un ingénieur, mais plutôt un comptable qui aurait donné l'ordre aux mineurs de ne plus extirper les gravats et l'eau, ce qui aurait permis d'économiser sur les allers-retours de camions, au détriment de la solidité des piliers de la mine…
Le drame des 33 mineurs, jumelé à celui de BP dans le Golfe du Mexique, devraient faire prendre conscience à tous les dirigeants qu'on ne peut laisser le marché dicter, par la simple fixation des prix, la façon dont on va se débarrasser définitivement de nos ressources. La seule quête du profit, dans le contexte de ressources naturelles extrêmement limitées, peut engendrer les pires situations.
Il nous reste une centaine, sinon quelques centaines, d'années avant de s'auto-exterminer. Tant qu'à s'éclipser, faisons-le donc dignement. À la fin de sa vie, l'homme ou la femme prend des arrangements funéraires. À l'avant-veille de la fin de notre monde, l'Homme devrait sûrement coordonner l'ultime destruction de la planète où il vit.